« … C'est bien, mais tu veux trop faire parfait. Lâche-toi un peu ! »

 

Lorsque je recevais ce conseil, cette exhortation, de ma première professeur de dessin Jacqueline, j'étais une jeune étudiante qui avait passé la majorité de sa vie à nourrir son côté intellectuel et rigoureux, à contenter sa peur de l'échec scolaire par un surcroît de travail, à pousser son côté perfectionniste à l'extrême. Dans l'univers du dessin, il me fallait tout à coup basculer, passer du contrôle au lâcher prise, de la réflexion à l'émotion, du calcul à la sensation.

 

J'ai cependant continué à étudier les sciences avec sérieux, le long d'un chemin un peu atypique qui m'a amenée à côtoyer les bancs de la faculté de Nice Sophia Antipolis, de l'ENS Lyon, ainsi que des Écoles Polytechniques de Palaiseau et de Montréal, pour être finalement engagée en tant que développeuse 3D au sein de la startup Fitle à Paris depuis 1 an.

 

Le dessin m'a suivi tout ce temps, des petits tabourets de l'école municipale d'arts plastiques de Nice jusqu'au plancher chaud d'un atelier d'artiste montréalais tenu par 3 bédéistes, de l'ambiance studieuse de l'Académie de la Grande Chaumière à celle bon enfant des stages de l'Esadmm. Voilà 10 ans qu'il me sert d’exutoire, d'exploration de liberté.

Mes goûts se sont affinés, principalement portée vers le modèle vivant et le figuratif, mais mon engouement, lui, ne cesse de grandir ! Je me découvre perfectionniste en quête de failles, de ces manques d'encre dans la plume de corbeau trouvée dans un champ et utilisée comme un bambou, une contrôlante tombant amoureuse de l'indéterminisme de l’aquarelle lors d'un cours au Centre Communautaire de Loisir de la Côte-Des-Neiges, une femme appliquée aimant dessiner en ratures de crayons de couleurs.

 

Un travail de délivrance et d'affranchissement qui portera finalement ses fruits lorsque j'entendrai de la bouche de Régis Loisel :

« Jessica fait partie de ceux qui dessinent le mieux à l'atelier. Tout le monde dessine très bien, mais c'est plus appliqué. Elle, elle a un trait plus libre, y'a du jus. Et c'est toujours juste. »

 

Aujourd'hui, je me pose, je m'expose, et accroche mon travail sur les murs virtuels de cette vitrine fantaisiste.